samedi 7 mars 2026

Fugit irreparabile tempus - Part.4

“Penser, c'est parler avec soi-même.” - Miguel de Unamuno

- Alors ? Qu’est-ce que tu vas faire de tout ça, en ce début d’année ?

Première chose : enclencher le mode avion. Au sens propre comme au figuré. Quand je vais au sport, quand je suis en repos hebdomadaire ou en congés payés, quand je sors, ou tout simplement quand j’ai besoin qu’on me lâche la grappe. Je me suis souvenu d’un livre lu il y a quelques années, La Semaine de 4 heures de Tim Ferriss. Il y est beaucoup question d’automatisation des tâches, et de cette capacité presque décomplexée à déléguer. Tout n’est évidemment pas applicable à mon secteur, mais certaines idées le sont. Et j’ai bien l’intention de m’en inspirer, notamment cette fameuse réponse automatique aux mails quand je ne souhaite pas être dérangé, histoire de rediriger vers une astreinte. Bon, on pourrait dire que je n’avais pas besoin de Ferriss pour y penser. C’est vrai. Mais étrangement, ça ne m’avait jamais vraiment traversé l’esprit. Dans la même logique, il y a aussi cette décision toute simple mais radicale : surtout ne plus ramener de travail à la maison.

Il t’a vraiment fallu cinquante ans pour en arriver là ?!

Non. J’en étais conscient depuis longtemps. Mais pris dans un flot de responsabilités, et sans doute dans ce besoin un peu maladif de toujours vouloir bien faire, j’ai sacrifié une partie de ma vie privée à des tâches chronophages. Pour finalement me rendre compte d’un truc assez frustrant et amer : on remarque surtout ce que tu n’as pas eu le temps de faire, rarement tout ce que tu as accompli. Et c’est d’ailleurs assez symptomatique, pas seulement dans le boulot, mais aussi dans la vie personnelle.

- Et le but, au fond ? Te dégager du temps pour une vie sociale et privée actuellement proche du coma artificiel ?

C’est ça… et je t’emmerde.
Je n’ai juste pas envie d’entrer plus davantage dans cette forme d’esclavagisme moderne que Bukowski décrivait si bien : pas disparu, juste étendu à un plus grand nombre. Mon fonctionnement s’accordait trop bien au confort des autres pour qu’ils aient à se poser des limites et, j’y ai largement consenti. Aujourd’hui, je crois que, quel que soit le domaine, quand les bornes seront franchies, il me faudra savoir les poser moi-même.

- Donc, tu pars en rébellion contre le système ?

Oui et non, le système à mon niveau, à ma façon, version soft power, procrastination light, mode avion assumé, communication parfois imparfaite, mais suffisamment claire pour tenir.

- Ça promet de grands moments, non ?

Peut-être. J’en sais rien, en réalité. Mais ce sont des solutions qui ne me demandent ni de me trahir ni de me réinventer, qui s’installent sans violence, simples à mettre en place et plutôt alignées avec ce que je suis. Et puis le temps passe. À un moment donné, je n’ai pas envie de réaliser trop tard que je suis passé à côté de ce qui compte vraiment, de ce qui fait sens. 

Mes envies profondes, ma famille. mes amis, accessoirement, moi-même ; en somme : ma vie


samedi 28 février 2026

Fugit irreparabile tempus - Part.3

“Il n’y a qu’un moyen d’avoir trouvé sa place, c’est d’être arrivé là d’où littéralement l’on ne peut pas bouger.” - Paul Claudel (Saint-Louis)


Intérieurement, émotionnellement, pour être précis, c’est nettement plus compliqué. Le temps se perd dans des nébuleuses qui prennent parfois la forme de mondes parallèles qui s’étirent à l’infini. Il y a cette confusion, ce flot d’émotions que je ressens depuis que je suis ici et que j’ai du mal à démêler. Je peux me sentir à ma place à l’instant T, tout en sachant pertinemment que ce ne sera pas permanent… même si j’aimerais bien que ça le soit : pas simple, le gars, hein ?

Ce qui m’inquiète, c’est que j’ai encore trop envie de changer, de bouger… alors que je n’en ai pas forcément les moyens. Enfin, disons plutôt que je n’en ai pas assez. Matériellement, c’est secondaire, mais surtout au niveau de ma motivation et de mon énergie. Le contraste est saisissant entre ce que je ressens à l’intérieur et mon environnement ; ici, la nature foisonne, et pourtant je me sens émotionnellement à sec, dans une région où l’aridité du lien social peine à prendre racine. Peut-être que je m’accroche à l’idée d’avoir vécu dans des endroits du monde où les rencontres et ma vie dans son ensemble semblait plus facile. Des environnements où les choses venaient à moi sans effort, où je n’avais pas l’impression de devoir pousser chaque petite interaction pour créer du lien. C’est à la fois vrai… et complètement faux. Vrai, parce que dans certaines cultures, le rapport à l’autre est plus évident. Et une construction mentale, parce que mes souvenirs mentent : ils arrangent la réalité pour me faire croire que c’était mieux avant, ou que l’herbe était plus verte ailleurs alors qu’elle est plus verte là où on l’arrose, n’est-ce pas ?


J’ai bien conscience que je n’en ai pas fini avec le deuil de ma dernière relation, morte et enterrée depuis plusieurs années. Que voulez-vous, je suis fidèle jusque dans la rupture. Je peux passer des années (aux allures de siècles) dans un espace hors du temps, à attendre que, par une mystérieuse alchimie, le présent transforme enfin le passé en ce que j’en espérais. J’attends quoi, au juste ? Un retour ? Des excuses ? Une repentance flatteuse ? Même pas…  Car, quand bien même cela arriverait, je sais parfaitement que rien ne pourrait jamais redevenir exactement comme au tout début, quand tout était neuf et plein de possibles. En plus de l’immobilisme, cette attente me maintient en suspens, elle agit comme un frein indéniable à ma relation aux autres, jusque dans les interactions sociales les plus ordinaires, et encore, quand ce n’est carrément pas de l’auto-sabotage. Mon esprit s’accroche pourtant à des illusions, contre toute logique, jusqu’au jour où le voile tombe. Une connexion s’établit avec la réalité, et je peux avancer de nouveau, lentement, certes, car il reste toujours des scories, traces d’un dernier possible désormais éteint.

Dans l’ignorance générale assumée, je vis dans cet espace, dans cette bulle, en attendant que ça passe. Feignant que tout va bien. Sur ce point également, j’essaie d’agir. Par la non-action, bien sûr, parce qu’il est impossible de contrôler une émotion. Alors je la laisse passer, en me disant que, peut-être, fugit irreparabile affectus. Et si ça ne passe pas ? Eh bien… en attendant, je continue d’arroser l’herbe, même dans les terres les plus sèches, là où poussent tout de même agaves, cactus, yuccas ou tumbleweeds.

(À suivre…)

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Two Feet - “I Feel Like I'm Drowning”

samedi 21 février 2026

Fugit irreparabile tempus - Part.2


“Le plus grand service qu'on puisse rendre à un être : lui apprendre de très bonne heure à savoir user de la vie.” - Henry De Montherlant



En lisant un article passionnant il y a peu, j’ai découvert quelque chose d’assez étonnant: à force de trifouiller protons et neutrons pour mesurer le temps à l’atome près, les scientifiques ont fini par tomber sur un os. À l’échelle infinitésimale des particules, le temps ne semble plus avoir de direction. Passé et futur deviennent comme interchangeables, comme si la flèche du temps se dissolvait. Une idée qui me plaît énormément. Finalement, le temps n’est peut-être pas ce cadre rigide que j’ai parfois l’impression de subir. Mon pote Schopenhauer, avec deux siècles d’avance, avait finalement raison, c’est bien une construction mentale, a priori. En tout cas, une conception bien plus fragile que je ne l’imaginais et, peut-être, une piste pour revoir ma propre manière de l’habiter. Tout ça m’a occupé l’esprit ces derniers temps. Pas au point de m’empêcher de dormir, mais suffisamment pour que la question revienne assez souvent : Comment, au juste, je pourrais exploiter cette information ? Je sais, dit comme ça, ça peut sembler un peu débile. Et pourtant.

Ça rejoint le cadre de vie que je me suis construit ces dernières années et une envie plus ancienne : être moins à la merci de mon entourage, qu’il soit personnel ou professionnel (surtout profession- nel quand même). Sans vraiment l’avoir prémédité, par une forme de lassitude ou de désengagement peut-être, j’ai vu se mettre en place une sorte de retrait stratégique. Pas une grande manœuvre, plutôt un pas de côté. Une façon, peut-être maladroite, de laisser chacun reprendre la part qui lui revient. Je ne prétends pas que ce soit une méthode exemplaire, j’y vois même parfois un manque de courage. Sans compter sur cette double petite voix intérieure : celle qui me reproche de ne pas savoir dire clairement ce que j’attends, et celle qui me rappelle que « filouter » n’est pas censé être mon style, surtout quand ça me coûte plus d’énergie que ça ne m’en fait économiser. Malgré tout, cette tendance à installer une procrastination light commence à porter ses fruits. Les choses finissent par se faire, certes, mais sans grand entrain. Et quand ça traîne vraiment trop, quelqu’un d’autre s’en charge. Et ça… ça me va merveilleusement bien ! Je peux ainsi appliquer, sans complexe, l’air de rien, deux théories que je chéris entre toutes : « S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème», fameuse maxime shadok, et celle d’Henri Queuille : « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout ».


Ce n’est pas très moral, hein ? Je sais. Mais franchement, je me suis épuisé pendant des années à faire en une journée ce que d’autres font en une semaine dû à une désorientation récurrente entre la machine à café et leur bureau. Aujourd’hui, je sens la limite de mon potentiel. J’en suis même arrivé à un point où les tâches les plus primordiales ont perdu leur caractère d’urgence. Et, à bien y réfléchir, il se pourrait que ce ne soit pas un bug dans mon logiciel interne… mais un légitime réajustement.

(À suivre…)

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Moloko - "The Time Is Now”


mardi 17 février 2026

Tu lis trop de livres


"Le regardant approcher, j'ai constaté qu'il avait une cinquantaine d'années, un genre d'élégance domestique, et que son visage avait un curieux éclat. Celui des lustres et lampadaires dansait sur son front, mais il paraissait scintiller tout seul. J'étais certain que ce n'était ni de la sueur, ni de l'huile ; cet homme avait son brillant propre " 

Hugh Laurie - "Tout est sous contrôle

[+]Crédit Photo : Thought Petals by Lupidog

samedi 14 février 2026

Fugit irreparabile tempus - Part.1

Le temps fuit sans retour, une affirmation que j’ai empruntée à ce vieux poète romain, Virgile. À la fois constat, réalité et sanction irrévocables. Une phrase qui, dans mon état d’esprit actuel, sonne moins comme une citation savante que comme un rappel un peu doux-amer. Janvier, de toute façon, a toujours ce goût particulier, un mois d’ajustement, un mois-test. Celui où j’expérimente les stratégies de l’année avant de tenter de les figer en habitudes de vie (supposément) plus saines. Un paradoxe, d’ailleurs, chez quelqu’un comme moi qui n’a jamais été bien latéralisé ni dans le temps ni dans l’espace. Je ne réalise le temps qui passe que lorsqu’il laisse des traces : sur mon corps, mon énergie, ou ma patience. Bien sûr, je connais cette pure invention humaine que sont les années, mois, heures et minutes. Mais je dois avouer qu’ils me demandent un effort considérable pour devenir une mesure absolue de mes activités quotidiennes. Je ne porte pas de montre et mon rythme circadien est parfaitement réglé. Comme pour mon maître à penser Schopenhauer, le temps reste pour moi avant tout une dépendance de l’esprit.

Par exemple, demandez-moi quand j’ai passé mon bac, les dates de mes dernières vacances ou, même parfois, ma date de naissance… et là j’hésite. Je cherche. Je réfléchis. Bon, j'exagère un peu, mais tu saisis l'idée, non ? C’est sans doute pour ça que j’ai ce besoin presque vital, de faire des listes, de tenir mon agenda à jour, de tout programmer. Pas tant pour moi, au fond, mais pour répondre aux attentes des autres. Car moi, je sais que les choses finissent toujours par se faire, tôt ou tard. Simplement, en dehors de ma vie personnelle, je ne suis pas le maître des horloges.


L’année dernière, je me suis énormément investi professionnellement. À tel point qu’on m’a gentiment suggéré de lever le pied, de penser davantage à moi. Quand j’ai voulu mettre ce conseil en pratique, j’ai découvert qu’il était à géométrie variable : il fonctionnait surtout quand il ne dérangeait personne. Au travail, l’équipe est compétente, sans aucun doute. Mais chacun avance à sa manière, parfois sans réaliser que cela peut me générer une charge de travail supplémentaire, voire de sérieuses pertes de temps. Si l’on additionne mes horaires, le temps nécessaire pour récupérer, et l’énergie dépensée à colmater ce qui déborde, il ne reste plus grand-chose pour la vie personnelle. Et ça, j’ai encore un peu de mal à le digérer.

C’est précisément là-dessus que j’ai décidé d’agir. Parce que fugit irreparabile tempus et que manifestement, le temps n’a aucun scrupule à se faire employer à plein temps par d’autres pendant que moi, je cours après.

(À suivre…)

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Frank Ocean - “Pink + White”



samedi 7 février 2026

No Pain, No Gain… la suite

"Le ciel appartient aux impétueux qui de l’attendent pas" - Lou Andréas-Salomé

Il y a donc une suite à l’article précédent. Ne nous emballons pas : rien de spectaculaire. Je reste fidèle à ce non-événement au parfum d’érotisme vaporeux. À mon rituel, à savoir mes séances de sport, s’est greffé quelque chose de désormais réglé dans mes semaines : lui.

Nous partageons les mêmes horaires, la même motivation sportive… le même vestiaire.

Je ne connais toujours pas son nom. Nos échanges demeurent discrets : un bonjour, parfois une poignée de main. Et toujours ce regard aux contours flous, ce sourire dont j’ignore encore s’il est simplement poli ou chargé d’autre chose. L’imagination, elle, s’agite. Les faits, beaucoup moins. Les occasions de parler existent, pourtant je n’en saisis aucune.
Sous couvert d’une pudeur un peu feinte, je me dévêts en lui tournant le dos, sans savoir s’il m’observe. Peut-être que oui, peut-être que non. Pour l’instant, cette incertitude suffit à nourrir le trouble.

Souvent, nos douches se terminent ensemble. Ensuite, sans retenue, je le regarde s’habiller, lentement. Il sait que mes yeux suivent la ligne de ses jambes galbées, le tracé du tatouage qui glisse le long de sa colonne vertébrale, ses fesses franchement attirantes.
Puis vient un dernier regard, un au revoir. Rideau. À la prochaine.

Marié, peut-être, aucune alliance. En couple ou célibataire ? Impossible à dire. Hétéro ou homo ? Mystère. Drague en suspens ? Je n’en suis pas certain. Une histoire possible ? Peu probable.
Ces moments sont pourtant intensément attendus. Ils excitent, ils appellent. Mais l’ambiguïté de ces instants me suffit encore, pour le moment. Je me demande seulement jusqu’où je serais prêt à aller si un signe apparaissait. Est-ce que je le veux vraiment, d’ailleurs ? Peut-être pas entièrement. Ou juste assez pour ne pas refuser si l’occasion se présentait. Un geste franc, un mouvement sans appel, et je pourrais bien répondre, franchir la distance restante.

Jusqu’à présent, je me suis refusé la grande artillerie. Après tout, certaines attentes sont souvent plus troublantes que leur aboutissement. Je me contente d’observer, de ressentir, et de laisser le désir esquisser sa propre trajectoire… ou s’évanouir doucement.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Oliver Koletzki feat. Fran - “Hypnotized”

dimanche 1 février 2026

Tu écoutes trop de musique


Pourquoi ? 
Ne me demandez pas pourquoi j’aime cette chanson. Sans doute parce qu’elle résonne quelque part en moi, même si je ne suis plus unhinged depuis longtemps. Le rythme, ce petit côté musical old school… allez savoir. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas vraiment. C’est comme ça.

Okay, maybe I'm unhinged ('hinged) | Kick my ass up off the hinge (hinge) | Open doors I can't get in (ooh, ooh-ooh) | I just wanna make new friends | Dancing on a different side of the club | Calling it lust, calling it lust | Why you out there making a fuss? | Acting unjust in the court of love | Can you just let me out bail? | Swear I won't tell | If a normal girl is my destiny and my pair, I'ma go there | Listen (listen) to my body language (hear me) | I'm walking poetry (poetry) | Holy matrimony | Feast your eyes | I say listen to my body language | I'm walking poetry | Holy matrimony, feast your eyes | Okay, maybe I am unhinged ('hinged) | Kick my ass up off a hinge (hinge) | Open doors I can't get in (ooh, ooh) | I just wanna make new friends (do it again, do it again) | Come on, say… | Get so sentimental when I'm smoking on that Indo | When I'm looking out the window thinking 'bout you (thinking of…) | Get so sentimental when I'm smoking on that Indo | When I'm looking out the window thinking about you…

 

lundi 19 janvier 2026

Happy Birthday to Me !


Habituellement, je commence l’année avec une p’tite liste de bonnes résolutions. Cette fois, hormis deux ou trois broutilles sans grande importance, j’ai décidé d’arrêter de surcharger ma conscience de tâches superflues : celles qui me prennent un temps fou et ne nourrissent, au fond, qu’un ego déjà fragile, promis à s’effondrer aussi sûrement que la banquise.

Cette année, je m’envoie donc une petite e-card. Et j’ai choisi de faire dans l’ethnique, histoire de me rappeler que les années passent… et la jeunesse avec. Reste à espérer que le charme, lui, résiste. Le type sur l’image aime sûrement les daddies et ne s’enfile certainement pas un gâteau de cette taille pour afficher un corps pareil. L’objectif n’est pas de faire reculer les aiguilles de l’horloge mais au moins de préserver ce qui reste : une bonne occasion encore présentable et qui tient la route. Tu vois ?

Surtout, tenter de dépasser les aigreurs du passé pour éviter que le quinquagénaire que je suis devenu ne se transforme en pruneau : tout ratatiné et qui fait chier.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ breathe. - “Are You All Good?
[+]Crédit Image RedBubble Designed and sold by Aryabek

samedi 10 janvier 2026

No Pain, No Gain

"Parfois un visage se met à côté du soleil et provoque une sorte d’éclipse" - Christian Bobin "La Grande Vie"

Il y a ce mec à la salle de sport. Il vient un jour sur deux. Je crois.
Aujourd’hui, il m’a regardé. Un vrai regard.

Puis il m’a souri.

Avant, j’aurais dit un truc. N’importe quoi. Une phrase un peu nulle mais efficace. Histoire de savoir s’il fallait activer la machine à espoirs.

Mais là, non. Flemme émotionnelle, sans doute ?

J’ai envie de faire comme si ce micro-moment était déjà quelque chose. Comme si ça suffisait. Sans objectif. Sans suite prévue.

Je sais qu’il sait que je l’ai remarqué. Et nous faisons semblant que non. Pas très mature mais bon, pourquoi pas ?

Et après ?

Rien, probablement.

Mais ce rien-là me plaît.

Ces secondes entre nos gouttes de sueur.

Ce désir immobile.

Ce luxe de ne rien provoquer.


[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Kate Miller - “Fortify”


dimanche 4 janvier 2026

RIP Brigitte Bardot (1934-2025)


"Rien n'est jamais à refaire... mais tout reste à faire "
- Brigitte Bardot
 

mercredi 31 décembre 2025

Rétrospective 12/2025

Il m’est difficile de poser un mot sur l’année qui s’achève, et plus encore de trouver l’élan pour en parler. Écrire à son sujet me demande un effort particulier, comme si les phrases butaient sur quelque chose d’encore trop proche. J’ai pourtant tenu la promesse que je m’étais faite l’an dernier : me foutre la paix. Peut-être aurais-je dû le partager avec ceux qui m’entourent, car eux, manifestement, n’ont pas eu la consigne. 

J’ai beaucoup (trop) travaillé pour remettre de l’ordre dans un site laissé trop longtemps à lui-même. J’ai eu la chance de pouvoir m’appuyer sur une équipe solide, présente, qui tient la route. Mais lorsque l’impulsion se perd au sommet, quand l’essentiel se dilue dans une succession de notes de service, d’instructions en tout genre, c’est tout le corps qui finit par s’alourdir. Les sites avancent alors à contre-courant, freinés par une accumulation de procédures qui les éloigne peu à peu de leur mission première. Si ce travail d’organisation a abouti, ma plus grande difficulté (comme souvent dans ma vie personnelle) reste la communication. Par fatigue, par pudeur ou par peur du conflit, je choisis encore trop souvent de faire à la place de dire, de réparer en silence plutôt que de nommer ce qui ne va pas. Une manière de préserver l’équilibre, peut-être ; un choix silencieux, qui apaise sur le moment, mais qui laisse toujours une trace.

Dans mon milieu professionnel, j’ai fini par comprendre que cette austérité me servait. On y apprécie l’efficacité sèche, la distance maîtrisée, cette froideur de façade qui impose un respect prudent. Ma lenteur réfléchie passe pour de la lucidité : celle d’un homme conscient d’évoluer dans un monde d’illusions, et qui tente malgré tout d’y insuffler un peu de cohérence, un peu de sens. Mais ce qui, au travail, semble être une force devient ailleurs un obstacle. Ces mêmes qualités dressent une barricade invisible autour de ma vie sociale, jusqu’à la réduire à un territoire presque vide. Je me suis rendu en quelque sorte fonctionnel, mais rare ; fiable, mais lointain. Et pourtant, j’ose croire que derrière cette apparente rigidité se cache autre chose qu’un retrait : une attente discrète, peut-être maladroite, d’un espace où cette gravité pourrait enfin se transformer en présence, et cette distance, en lien.

 


Reste une question, simple et brutale à la fois : est-ce seulement ce que je veux encore ? Et si oui, est-ce que j’en ai toujours l’énergie ? Peut-être que l’année qui s’annonce saura y répondre.


[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Amanda Kamara - “Face The Truth”