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samedi 17 octobre 2026

Quand, chaque étape n'a pas besoin de devenir la suivante

“Dans l’univers immobile et glacé, toutes choses se retrouvèrent à égalité, et la forme dont naguère émanait un puissant charme s’évanouit.” - Yukio Mishima  

Parfois, ma vie s’installe dans une routine si parfaite que je finis par croire que même le hasard a foutu le camp. Il ne se passe rien pendant des mois puis, tout à coup, les éléments se déchaînent. Ce serait agréable si seulement, une fois dans l’ascenseur émotionnel, je pouvais descendre entre deux étages. C’était une erreur de croire pendant longtemps qu’il suffisait de comprendre mes émotions pour les maîtriser. Elles ne s’éduquent pas davantage qu’un chat : elles viennent quand elles veulent, repartent sans prévenir et finissent par vous regarder avec cet air arrogant de ceux qui n’ont jamais eu l’intention de vous obéir.

Quand je suis sur mes terres natales, je recroise systématiquement au supermarché cet homme qui, depuis longtemps, me plaît beaucoup trop pour le peu de choses que je sais de lui. Mes tentatives pour accrocher son regard ayant lamentablement échoué, j’en ai conclu que j’étais invisible, parfaitement inintéressant à ses yeux. Mais l’obstination étant une de mes qualités les moins utiles, je continuais à m’offrir le plaisir des yeux, histoire de souffler sur les braises d’un espoir qui finissait toujours par s’éteindre entre le rayon surgelés et celui de la lessive. En ce samedi d’automne, où le ciel hésite entre le crachin pour faire chier le monde et l’averse torrentielle, je le vois sortir du magasin, les bras chargés.

Je lui propose de le ramener. 

Soudainement : coup de frein, méchant crissement de pneus. Sans le moindre geste ni la moindre parole de ma part qui puisse laisser supposer quoi que ce soit, il m’annonce comme ça, sans préambule, ses yeux fixés sur la route et son genou venu s’appuyer contre ma main sur le levier de vitesses : « J’ai une très forte attirance pour toi depuis longtemps. »

Bien plus jeune, cette phrase aurait suffi à mettre toute la machine émotionnelle en branle. En deux minutes ce serait devenu un objectif, en une heure un projet et, à la fin de la journée, j’aurais probablement déjà choisi la couleur du papier peint de notre hypothétique appartement. Certains se plaisent dans l’imprévu, les situations bancales et sans garantie. Moi, je suis si peu doué pour l'inconfort qu'un simple panneau « absence de marquage » sur la route suffit presque à m'angoisser.  

Aigri par l'expérience ou par le désenchantement du puissant charme des rencontres, maintenant, je reste calme, presque impassible. Il m’a parlé de sa solitude, d’une vie compliquée, de son besoin d’indépendance. J’ai reconnu quelque chose de moi dans ses mots, mais mon esprit s’est empressé d’écarter l’idée que cette ressemblance puisse être une promesse, préférant y voir le simple croisement de deux solitudes qui se percutent. Mes vieux réflexes n'ont pas disparu simplement parce que j'ai enfin compris leur inutilité. Mais à présent, ils semblent se faire plus discrets, laissant à peine émerger l’idée qu'une rencontre puisse devenir autre chose. 

Au lieu de dépenser tant d’énergie pendant des années à vouloir sécuriser les choses jusqu’à les étouffer, je ressens à présent et peut-être aussi par lassitude, le besoin de laisser l’histoire ouverte ; sans doute parce que je n’ai plus envie de choisir la fin avant d’avoir vécu la suite. 

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Emmit Fenn - “Cologne”

[+]Crédits Photos Beton Vault



mercredi 7 octobre 2026

Oui, ceci n’est pas cela

Quatre ans, c’est long, quand le cerveau continue à revenir sur les questions que la rupture a laissées derrière elle. Il cherche indéfiniment les pièces manquantes qui permettraient enfin de refermer le dossier. J’ai dû me résoudre à accepter que ces pièces n’existent tout simplement pas.

Il y a quelque chose d’assez paradoxal, et parfois cruel, dans l’amour : la complicité, l’attachement, l’attirance, l’intimité, le sexe, les moments où l’on se comprend presque sans parler… tout cela peut être parfaitement réel. Et, parallèlement, la confiance peut se dégrader, les besoins devenir incompatibles, les blessures s’accumuler, jusqu’à rendre la relation impossible. Je pouvais bien savoir intellectuellement que ce n’était plus possible, mon cœur, lui, ne cessait de me répéter : « Oui, mais putain… tu l’aimes. »

Il n’y aura probablement jamais de tribunal capable de déterminer la version définitive de notre histoire. Et il aura sans doute fallu toutes ces années pour que je me libère progressivement de cette nécessité, pour passer de la question : « Comment l’oublier ? » à une affirmation beaucoup plus simple : je ne laisserai pas cette histoire déterminer la suite de ma vie.

J’ai toujours eu le souci de ne pas me raconter une histoire trop confortable. Quand ça ne va plus dans une relation, ce n’est jamais uniquement dû à une seule personne. Je ne saurai sans doute jamais exactement ce qu’il pensait, ni s’il était vraiment sincère. Mes souvenirs sont peut-être imparfaits, mais cela ne signifie pas qu’ils sont faux. Certes, je ne sais plus exactement quelle dispute a commencé comment, qui a dit telle phrase en premier, ni à quelle période précise certaines choses se sont produites. En revanche, je sais avec beaucoup de certitude que j’étais malheureux, que je me sentais seul dans cette relation, que j’avais le sentiment de ne pas être entendu. Je sais que j’ai aimé cet homme, que j’ai essayé de sauver quelque chose, que ma confiance s’est abîmée, et probablement la sienne aussi, jusqu’à ce que nous finissions par nous faire du mal. Alors oui, je peux me tromper sur certains détails. Je peux avoir mal agi. Je peux avoir mal interprété certaines choses. Mais, je peux quand même faire confiance à ce que j’ai ressenti et à ce que j’ai vécu.


Pour enfin avancer, je pense qu’il est temps d’en conclure que oui, je l’ai vraiment aimé. Oui, nous avons probablement été très complices. Oui, il m’a profondément manqué. Et oui, malgré tout cela, cette relation devait se terminer.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ KUU - “We'll Always Have This Dance”

[+]Crédit Photo Michael Vincent Manalo-3


samedi 29 août 2026

Août : rien à déclarer

C’est sans doute mon côté obsessionnel qui me pousse à écrire avant que le mois d’août ne s’achève. Il me serait difficilement supportable de découvrir dans les archives de 2026 une année à seulement onze mois. À défaut d’avoir beaucoup de choses à raconter, les comptes seront au moins à jour. La seule véritable satisfaction de cet été aura été… la canicule. Quand les autres cherchaient désespérément un peu d’ombre, j’ai profité du grand bain de chaleur. Au-delà d’une certaine température, 5 ou 10C° de plus ne font plus vraiment de différence pour moi : je ne subis pas le changement climatique, j’en suis presque devenu un sujet d’étude.

Pour le reste, rien de bien nouveau. Ma vie privée et sociale pourrait parfaitement définir le néant. Mon travail, qui habituellement me sert de point d’ancrage, est devenu un environnement irrespirable. À ce stade, je ne suis même plus certain de pouvoir m’entendre avec un pot à crayons. Le désinvestissement général me donne parfois l’impression de tenir la boutique à bout de bras pendant que ceux qui pourraient m’aider semblent surtout occupés à observer le bateau couler dans le calme.


Mon coup de blues en juillet et ma menace de partir ont eu leur petit effet. Il y a eu du monde pour me retenir ; beaucoup moins pour m’écouter. Quant au fameux « bien-être au travail », leur conception est décidément très pénétrante ; sans lubrifiant, elle a filé direct au fond de mon rectum : "on tient beaucoup à vous, à condition que vous acceptiez exactement ce qu’on vous propose". C’est-à-dire des mutations par monts et par vaux sauf évidemment là où je l’avais demandé. J’ai proposé de tenir mes engagements et de partir si rien de plus intéressant ne m'était proposé. Pour aller où ? À droite, à gauche, en haut, en bas… c’est le même labyrinthe dont toutes les sorties donnent sur la même merde. Alors, dès que j’ai deux jours, je me barre. Je me suis inscrit dans une deuxième salle de sport près de Lyon, où je retrouve ce qui ressemble encore à de l’énergie et de la tranquillité : nouvel environnement, quelques beaux gars bien bandants et surtout suffisamment de poids à soulever pour faire taire celui que j’ai dans la tête. Le travail me bouffe lentement et je commence à me demander combien de temps on peut tenir en fonctionnant uniquement sur les nerfs et quelques réserves de survie dont je ne connais même plus la date de péremption.


Quelque chose est en train de changer, je le sens. Rien de précis, rien d’immédiat, plutôt une idée qui fait son chemin et qu’il faut laisser mûrir. Cette sensation de plus en plus nette que prochainement, quelque chose va bouger. Et cette fois, il ne s’agira peut-être pas seulement de tourner une page… encore, mais de reprendre un peu d’air.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Leifur James - “Mumma Don't Tell”


samedi 18 juillet 2026

No Pain, No Gain… suite et… fin

Il y a déjà eu un petit « crush » (raconté [ici]), une tentative de contact qui a lentement dérivé vers de l'observation discrète (ou du voyeurisme, selon les points de vue) [là], et enfin cet échange, dans les vestiaires, il y a quelques jours.



Moi
: Ça fait un moment qu'on ne s'est pas vus.

Lui : Ah oui, j'étais en vacances.

Moi : Encore plus beau bronzé.

Lui : Euh... pardon... tu parles de moi ?

Moi : Il n'y a que nous deux...

À cet instant précis, il réalise. Son regard semble lancer une série de vérifications de sécurité. Moi, pendant ce temps, je récupère péniblement mon âme qui vient de quitter mon corps après l'effort colossal que m'ont coûté ces quatre mots.

Lui : (sourire... manifestement gêné) Merci, c'est gentil... euh... je suis hétéro (murmuré comme si c'était une maladie mortelle).

Moi : Ah... et ça fait longtemps ?

Ce n'était sans doute pas la réponse la plus adéquate, mais bon, quand je laisse la panique prendre le volant, mon humour s'accroche comme il peut au siège passager.

Lui : (rire... un peu crispé) Depuis toujours, autant que je sache.

Bizarre cette précision, comme s'il existait une période d'essai avec possibilité de résiliation.


Moi : Désolé, je ne voulais pas te gêner.

Lui : Non, non, ça va, pas de souci... Bon... eh bien... bon week-end.

Et là, repli stratégique. Départ en vitesse. Au cas où je déciderais de lui sauter dessus entre les haltères et la machine à leg press. Ce qui n'était pas prévu... mais là maintenant, encore moins.

Moi : Oui, à toi aussi.

Fin.

Je soupçonne qu'il ne découvrait pas exactement mon orientation sexuelle ce jour-là ; il mettait simplement un visage sur une hypothèse. Je suis curieux de connaître la vitesse de propagation de cette information et combien de temps il faudra avant que cela fasse le tour du Gym. Parce que même sans abonnement, les ragots circulent carrément plus vite que la perte de calories.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Nightmares On Wax - “You Wish”


samedi 11 juillet 2026

Rétrospective 07/2026

Ceci n’est pas l’article initial. La première version était tellement chiante qu'elle aurait pu servir de somnifère. Mais comme j’ai un goût prononcé pour la régularité, je ne pouvais pas laisser passer la moitié de l’année sans une p'tite rétrospective semestrielle. 

Premier constat : je suis toujours pacsé avec mon travail. Autant dire que ma résolution de prendre du recul, formulée avec beaucoup de conviction en début d’année, a eu la durée de vie d’une batterie de téléphone à 2 %. Elle a fini par faire comme moi : demander sa mutation. La différence, c’est que la mienne a peu de chances d’aboutir. La Direction m’a fait comprendre, à grands renforts de ronds de jambe et d’un enthousiasme trop démonstratif pour être totalement sincère, qu’elle préférait me garder là où je suis.

Je continue aussi de composer avec la froideur des relations humaines dans cette région. Je peux, par une alternance très aléatoire et imprévisible, faire soit partie du décor soit, être le décor. Un jour, on me salue chaleureusement ; le lendemain, on m'ignore avec tant de conviction que je finis presque par douter de ma propre existence. On échange quelques mots, puis plus rien. C’est un véritable exercice d’adaptation et un équilibre parfois fragile pour que cette solitude, que j’ai choisie et que j’assume, ne glisse pas doucement vers l’isolement. Heureusement, il y a la salle de sport. J’y retrouve des visages familiers, des regards qui se croisent, des sourires et quelques poignées de main un peu plus persistantes que d’autres. En revanche, j’ai fini par renoncer à espérer que ce qui ressemble à une intention se transforme spontanément en véritable rencontre. Non pas que je veuille me bouger le cul ni par confort, mais parce qu’il est toujours agréable, pour l’estime de soi, de constater que l’intérêt peut aussi, parfois, venir des autres.

Le moral, lui, tient plutôt bien. D’abord grâce au souvenir de mes dernières vacances. Ensuite parce que je suis déjà en train de préparer les prochaines, ce qui résume parfaitement mon état d’esprit. Et puis il y a l’été, c’est ma saison. Celle où les journées s’étirent un peu plus longtemps, où les barbecues remplacent les réunions, où les verres de rosé se vident un peu trop facilement et où les conversations prennent enfin le temps d’exister. Alors, dès que je peux, je profite de ces moments avec ceux qui me rappellent que les liens les plus importants n’ont finalement pas besoin d’être si nombreux.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Takuya Kuroda - "Everybody Loves The Sunshine"

samedi 27 juin 2026

Les kilomètres nécessaires

Quand je constate à quel point une simple semaine loin du travail et de mon décor habituel peut avoir des effets bénéfiques sur mon moral, ma santé physique et mon équilibre mental, je me demande sincèrement pourquoi je ne pars pas plus souvent. Peut-être parce que j’ai du mal à décrocher complètement. Cette fois, l’objectif était simple : mettre le plus de kilomètres possible entre moi et mon quotidien. Couper portable et ordi et surtout, me reposer.


Je me suis donc appliqué à cette mission avec un professionnalisme exemplaire. J’ai testé consciencieusement (par pur esprit scientifique) tous les cocktails de la carte de l’hôtel. J’ai lu tranquillement à l'ombre d'un ficus centenaire dont l’âge respectable lui donnait probablement davantage de sagesse que l’ensemble de mes décisions de ces dix dernières années. J’ai profité de la mer, de la chaleur, du soleil et j’ai fait beaucoup de sport dans un cadre si idyllique que même mes performances avaient décidé de prendre des congés. Quand je suis parti, pourtant, le moral n’était pas au beau fixe. Au-delà de la fatigue, il y avait cette impression diffuse d’indifférence. Cette sensation parfois tenace de traverser les journées sans vraiment laisser de trace, qui a fini par me convaincre que je valais un peu moins que ce que je suis réellement. Là-bas, quelque chose s’est doucement remis en place. Dès mon arrivée, le réceptionniste m’a accueilli avec un sourire à décoller le papier peint et quelques attentions qui ressemblaient davantage à du flirt qu’à un simple sens du service. Malheureusement, nous n’avons jamais eu l’occasion de nous recroiser. Une tragédie qui mériterait probablement sa propre mini-série.



Mais au fil des jours, il y a eu d’autres regards, d’autres sourires, d’autres petits gestes presque insignifiants qui, mis bout à bout, ont fait beaucoup de bien à mon ego écorché. À la fin de notre entraînement au street workout, un homme m’a suivi pour engager la conversation. Un garçon charmant, avec deux fossettes absolument scandaleuses de perfection et un regard dans lequel on aurait pu égarer ses pensées pendant plusieurs années. Je lui ai expliqué, avec tout le sérieux dont je suis capable lorsque je raconte des conneries, que les fossettes étaient une anomalie génétique et qu’il était donc, techniquement, un peu handicapé. Cela ma plu de le voir rire. J'étais surtout amusé de constater que mon humour, qui me vaut souvent des regards perplexes, n'avait, pour une fois, pas besoin de notice explicative. Nous avons pris un café ensemble. Puis il a voulu m’inviter à dîner. Seulement il n’y aurait pas de soirée. Mon retour m’attendait dans une poignée d'heures, et quelques jours plus tard, lui retraverserait l’Atlantique pour rentrer chez lui. Nos chemins ne faisaient que se croiser, une rencontre qui n’avait pas besoin d’avenir, juste assez de sensualité pour mériter d’être vécue .  


J’avais besoin de cette parenthèse. Moi qui commençais à croire que j’avais dépassé ma DLC, que je n’intéressais plus grand monde. Je suis revenu avec quelques raisons supplémentaires de ne pas toujours alimenter les doutes que je n’ai de cesse de ressasser. Parce qu’au fond, ces vacances ne m’ont pas seulement servi à revenir reposé. Elles m’ont un peu réchauffé le moral avant de retrouver certaines froideurs de mon quotidien. À reprendre confiance. À me rappeler que le regard que l’on porte sur soi est peut être parfois un peu trop dur. Ces quelques jours laissent derrière eux le souvenir de belles personnes croisées entre les palmiers, des verres partagés, des éclats de rire et cette petite chaleur au ventre qui reste encore quelques jours après avoir défait sa valise.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Kaytranada feat. Anderson .Paak) - "Glowed Up”


mardi 2 juin 2026

Ce qui continue sans nous

Comment expliquer ce genre de comportement autrement que par une forme de masochisme ? Dimanche, en repassant dans le village où nous vivions, je me suis arrêté au stade. Il y avait un match. J’ai garé la voiture. C’est comme ça, mes idées foireuses commencent toujours par un mauvais stationnement. Tu étais là, sur le terrain, le numéro 6, fidèle au poste. Je ne sais pas vraiment si j’espérais que tu me voies. De toute façon, j’aurais pu me tenir au milieu de ton salon, je ne suis même pas sûr que tu m’aurais remarqué. Je t’ai regardé jouer ;  une vingtaine de minutes qui ont suffi à gâcher l’après-midi. Je suis reparti, les jambes molles et la gorge serrée. Sur l’autoroute, une pensée s’est imposée : ta vie semblait continuer très bien sans moi. Et finalement, j’étais heureux pour toi.

Moi, en revanche, il est clair, vu mon état, que je t’aime toujours. Trois ans plus tard, je reste convaincu que notre relation n’était plus possible. Certains pensent que l’amour peut tout. Toi, tu pensais que l’amour n'est pas toujours suffisant. Et peut-être avais-tu raison ? J’ai longtemps cru que nous étions faits pour être ensemble. Aujourd’hui, je crois surtout qu’il existe des incompatibilités que l’amour ne sait pas réparer. Il faut vivre avec cette étrange contradiction : être persuadé d’avoir pris la bonne décision tout en regrettant encore qu’elle ait été nécessaire.

C’est comme ça.

À l'évidence, je ne suis toujours pas remis de toi. Mes intestins non plus visiblement, tant ce genre de situation facilite mon transite. Alors, une fois rentré chez moi, j’ai pris un citrate de bétaïne comme on prend un Alka-Seltzer. Dans une semaine, je ne penserai probablement plus à ce dimanche après-midi. Mais comme chaque semaine depuis trois ans, j’aurai encore une pensée pour toi. Tout finit par passer, je soupçonne simplement certaines choses de prendre volontairement la nationale plutôt que la voie rapide. 

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Chris Rea - “The Road To Hell Part 1 & 2”

samedi 9 mai 2026

Notes d’un sceptique un peu troublé

C’est sans doute mon incurable nostalgie, mêlée à l’écriture sensible de son auteur, qui me ramène régulièrement vers les Domahom’s papers. Sur ce blog, je parle finalement assez peu de ma famille. Cet espace ressemble moins à un journal intime qu’à un album de souvenirs un peu épars, alimenté selon l’humeur du moment. Pourtant, comme dans toutes les familles, j’imagine, il y a chez nous son lot d’anecdotes, de secrets éventés avec le temps et de personnages hauts en couleur. Le problème, c’est que je ne saurais pas vraiment comment en parler… ou alors avec beaucoup moins de talent que Domahom, ce qui reviendrait un peu à jouer du triangle après un concerto. Les histoires familiales me sont surtout racontées par ma Mère, qui possède ce don rare de créer du lien partout où elle passe. Moi, j’ai vécu en périphérie de la famille, un peu comme ce cousin qu’on voit sur les photos mais dont personne ne sait vraiment s’il est arrivé avant ou après le dessert.



Avec le temps, j’ai fui les grandes villes et leur agitation. Dire que je me suis “rangé” serait exagéré, mais depuis la disparition de mon Père et quelques secousses personnelles difficiles à encaisser, j’aspire surtout à davantage de calme. J’ai eu plusieurs vies, aucune vraiment ratée, aucune totalement exaltante non plus. Mais il existe un sujet que je n’arrive toujours pas à aborder : celui des vieilles âmes. Rien que l’expression a déjà un léger parfum d’encens et de librairie ésotérique, ce qui cadre assez mal avec mon tempérament cartésien. Ma Sœur avait évoqué cette idée à la mort de notre Père. Depuis, je lis régulièrement sur le sujet. Et force est de constater que, contrairement à ce qu’elle pensait, mon Père n’en était probablement pas une… alors que moi, je coche "troublamment" toutes les cases. Reste maintenant à trouver comment parler de tout ça sans donner l’impression d’avoir passé trois semaines dans une yourte à parler aux cristaux. Même si, au fond, le besoin d’écrire là-dessus devient de plus en plus difficile à ignorer.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Common Saints - “Rebel Paradise”


samedi 2 mai 2026

Toujours ... au bord de quelque chose

Parfois, la vie nous sert des instants de pur délice… courts, trop courts, mais délicieusement onctueux. J’étais au volant, en route pour rendre visite à la Reine Mère, quand, au bord de la route, sans même lever le pouce, j’aperçois une silhouette “dans les fougères et les nénuphares”. On aurait dit Black Panther en pause syndicale, abandonné par Marvel au milieu de nulle part. Je ralentis… et là, dans son costume de motard, un beau Black court vers la voiture. Je lui demande s’il est en panne. Il m’explique qu’il a laissé sa moto au garage et qu’il est bon pour rentrer à pied, faute de chauffeur (tragédie moderne). Je ne sais pas si c’est mon célibat qui a pris ses aises ou juste une intuition, mais le courant passait. Enfin… il aurait pu. Parce que créer du lien, chez moi, c’est devenu un sport de haut niveau. Un ami m’a demandé récemment si je me rendais “accessible”. Verdict : non. Fermé pour travaux intérieurs, visiblement. Je le dépose quelques kilomètres plus loin, on se regarde, on se sourit... la porte se referme, "fin". On aurait pu aller boire un verre, discuter un peu plus, je pouvais même proposer un détour héroïque pour récupérer sa moto une fois révisée… mais non. Rien. Le néant. Moi qui, autrefois, avais une audace insolente. Là, silence radio, comme si une partie de moi n’y croyait plus vraiment. En repartant, je me suis dit que je laissais passer des occasions… et que je les regrettais souvent. Mais peut-être que ce n’est pas complètement un hasard.
Peut-être que, derrière ces hésitations, ces élans fantasmés, ces rencontres belles et improbables, il reste quelque chose de vivant, une envie douce et persistante d’aimer encore.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Sololyfe / AMYRA - “Don't Look Back”

samedi 25 avril 2026

Guide pratique du sang-froid approximatif

3h20 du matin. Le téléphone sonne : le boulot.

Lui :  Tu dormais ?
Moi :  À cette heure-là, il y a des chances, oui. J’imagine que c’est important.
Lui :  Pas vraiment, mais…

Effectivement, ce ne l’était pas.

Dans mon poste actuel, personne ne soupçonne le nombre de “fuck” que je me retiens de distribuer chaque jour. Certains m'imaginent-ils posséder des pouvoirs quasi divins ? Je ne suis ni omniscient ni omnipotent et encore moins capable de régler un bug avant même qu’il n’existe. Me contacter pour tout et n'importe quoi semble surtout une belle excuse pour se dispenser de bon sens. Et quand, malgré une bourde en bonne et due forme, j’arrange les choses… ça râle quand même. En fait, j’ai l’impression que je pourrais marcher sur l’eau, on me reprocherait encore de ne pas savoir nager.


Les jours de réunion sont des moments d’anthologie. On y perd un temps considérable à écouter chacun recycler les mêmes marottes, avec une constance qui force le respect. Pendant ce temps, les sujets importants attendent poliment qu’on ait fini de tourner en rond.  J’endosse mon costume de moine bouddhiste sur celui de l’imposture de bon communiquant calme et compréhensif. Je croise les doigts en guise de mantra, histoire d’éviter qu’un uppercut malheureux ne parte tout seul. J’adopte un style indirect, moi (oui, moi) ce qui relève déjà d’un exploit olympique tant l’effort mental est colossal. Tout ça pour ménager des susceptibilités qui ne tolèrent aucune remarque, même emballée dans du papier bulle. Comme, quand un collègue affirme sans trembler que “tout doit être nickel” tout en précisant qu’“il ne faut pas s’attacher aux détails”, je tente une approche douce : “Oui, enfin une porte… la poignée, c’est un détail mais, pour l’ouvrir, c’est quand même plus pratique.”

Résultat : il ne m’adresse plus la parole.

À bien y réfléchir, chaque prise de parole en réunion serait un excellent prétexte pour me remettre à boire. Et curieusement, cette idée me fait sourire, heureusement.

Et là, je repense systématiquement à ce dessin 👇


[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Jeff Buckley - “Lilac Wine”

samedi 7 mars 2026

Fugit irreparabile tempus - Part.4

“Penser, c'est parler avec soi-même.” - Miguel de Unamuno

- Alors ? Qu’est-ce que tu vas faire de tout ça, en ce début d’année ?

Première chose : enclencher le mode avion. Au sens propre comme au figuré. Quand je vais au sport, quand je suis en repos hebdomadaire ou en congés payés, quand je sors, ou tout simplement quand j’ai besoin qu’on me lâche la grappe. Je me suis souvenu d’un livre lu il y a quelques années, La Semaine de 4 heures de Tim Ferriss. Il y est beaucoup question d’automatisation des tâches, et de cette capacité presque décomplexée à déléguer. Tout n’est évidemment pas applicable à mon secteur, mais certaines idées le sont. Et j’ai bien l’intention de m’en inspirer, notamment cette fameuse réponse automatique aux mails quand je ne souhaite pas être dérangé, histoire de rediriger vers une astreinte. Bon, on pourrait dire que je n’avais pas besoin de Ferriss pour y penser. C’est vrai. Mais étrangement, ça ne m’avait jamais vraiment traversé l’esprit. Dans la même logique, il y a aussi cette décision toute simple mais radicale : surtout ne plus ramener de travail à la maison.

- Il t’a vraiment fallu cinquante ans pour en arriver là ?!

Non. J’en étais conscient depuis longtemps. Mais pris dans un flot de responsabilités, et sans doute dans ce besoin un peu maladif de toujours vouloir bien faire, j’ai sacrifié une partie de ma vie privée à des tâches chronophages. Pour finalement me rendre compte d’un truc assez frustrant et amer : on remarque surtout ce que tu n’as pas eu le temps de faire, rarement tout ce que tu as accompli. Et c’est d’ailleurs assez symptomatique, pas seulement dans le boulot, mais aussi dans la vie personnelle.

- Et le but, au fond ? Te dégager du temps pour une vie sociale et privée actuellement proche du coma artificiel ?

C’est ça… et je t’emmerde.
Je n’ai juste pas envie d’entrer plus davantage dans cette forme d’esclavagisme moderne que Bukowski décrivait si bien : pas disparu, juste étendu à un plus grand nombre. Mon fonctionnement s’accordait trop bien au confort des autres pour qu’ils aient à se poser des limites et, j’y ai largement consenti. Aujourd’hui, je crois que, quel que soit le domaine, quand les bornes seront franchies, il me faudra savoir les poser moi-même.

- Donc, tu pars en rébellion contre le système ?

Oui et non, le système à mon niveau, à ma façon, version soft power, procrastination light, mode avion assumé, communication parfois imparfaite, mais suffisamment claire pour tenir.

- Ça promet de grands moments, non ?

Peut-être. J’en sais rien, en réalité. Mais ce sont des solutions qui ne me demandent ni de me trahir ni de me réinventer, qui s’installent sans violence, simples à mettre en place et plutôt alignées avec ce que je suis. Et puis le temps passe. À un moment donné, je n’ai pas envie de réaliser trop tard que je suis passé à côté de ce qui compte vraiment, de ce qui fait sens. 

Mes envies profondes, ma famille. mes amis, accessoirement, moi-même ; en somme : ma vie


samedi 28 février 2026

Fugit irreparabile tempus - Part.3

“Il n’y a qu’un moyen d’avoir trouvé sa place, c’est d’être arrivé là d’où littéralement l’on ne peut pas bouger.” - Paul Claudel (Saint-Louis)


Intérieurement, émotionnellement, pour être précis, c’est nettement plus compliqué. Le temps se perd dans des nébuleuses qui prennent parfois la forme de mondes parallèles qui s’étirent à l’infini. Il y a cette confusion, ce flot d’émotions que je ressens depuis que je suis ici et que j’ai du mal à démêler. Je peux me sentir à ma place à l’instant T, tout en sachant pertinemment que ce ne sera pas permanent… même si j’aimerais bien que ça le soit : pas simple, le gars, hein ?

Ce qui m’inquiète, c’est que j’ai encore trop envie de changer, de bouger… alors que je n’en ai pas forcément les moyens. Enfin, disons plutôt que je n’en ai pas assez. Matériellement, c’est secondaire, mais surtout au niveau de ma motivation et de mon énergie. Le contraste est saisissant entre ce que je ressens à l’intérieur et mon environnement ; ici, la nature foisonne, et pourtant je me sens émotionnellement à sec, dans une région où l’aridité du lien social peine à prendre racine. Peut-être que je m’accroche à l’idée d’avoir vécu dans des endroits du monde où les rencontres et ma vie dans son ensemble semblait plus facile. Des environnements où les choses venaient à moi sans effort, où je n’avais pas l’impression de devoir pousser chaque petite interaction pour créer du lien. C’est à la fois vrai… et complètement faux. Vrai, parce que dans certaines cultures, le rapport à l’autre est plus évident. Et une construction mentale, parce que mes souvenirs mentent : ils arrangent la réalité pour me faire croire que c’était mieux avant, ou que l’herbe était plus verte ailleurs alors qu’elle est plus verte là où on l’arrose, n’est-ce pas ?


J’ai bien conscience que je n’en ai pas fini avec le deuil de ma dernière relation, morte et enterrée depuis plusieurs années. Que voulez-vous, je suis fidèle jusque dans la rupture. Je peux passer des années (aux allures de siècles) dans un espace hors du temps, à attendre que, par une mystérieuse alchimie, le présent transforme enfin le passé en ce que j’en espérais. J’attends quoi, au juste ? Un retour ? Des excuses ? Une repentance flatteuse ? Même pas…  Car, quand bien même cela arriverait, je sais parfaitement que rien ne pourrait jamais redevenir exactement comme au tout début, quand tout était neuf et plein de possibles. En plus de l’immobilisme, cette attente me maintient en suspens, elle agit comme un frein indéniable à ma relation aux autres, jusque dans les interactions sociales les plus ordinaires, et encore, quand ce n’est carrément pas de l’auto-sabotage. Mon esprit s’accroche pourtant à des illusions, contre toute logique, jusqu’au jour où le voile tombe. Une connexion s’établit avec la réalité, et je peux avancer de nouveau, lentement, certes, car il reste toujours des scories, traces d’un dernier possible désormais éteint.

Dans l’ignorance générale assumée, je vis dans cet espace, dans cette bulle, en attendant que ça passe. Feignant que tout va bien. Sur ce point également, j’essaie d’agir. Par la non-action, bien sûr, parce qu’il est impossible de contrôler une émotion. Alors je la laisse passer, en me disant que, peut-être, fugit irreparabile affectus. Et si ça ne passe pas ? Eh bien… en attendant, je continue d’arroser l’herbe, même dans les terres les plus sèches, là où poussent tout de même agaves, cactus, yuccas ou tumbleweeds.

(À suivre…)

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