Il m’est difficile de poser un mot sur l’année qui s’achève, et plus encore de trouver l’élan pour en parler. Écrire à son sujet me demande un effort particulier, comme si les phrases butaient sur quelque chose d’encore trop proche. J’ai pourtant tenu la promesse que je m’étais faite l’an dernier : me foutre la paix. Peut-être aurais-je dû le partager avec ceux qui m’entourent, car eux, manifestement, n’ont pas eu la consigne.
J’ai beaucoup (trop) travaillé pour remettre de l’ordre dans un site laissé trop longtemps à lui-même. J’ai eu la chance de pouvoir m’appuyer sur une équipe solide, présente, qui tient la route. Mais lorsque l’impulsion se perd au sommet, quand l’essentiel se dilue dans une succession de notes de service, d’instructions en tout genre, c’est tout le corps qui finit par s’alourdir. Les sites avancent alors à contre-courant, freinés par une accumulation de procédures qui les éloigne peu à peu de leur mission première. Si ce travail d’organisation a abouti, ma plus grande difficulté (comme souvent dans ma vie personnelle) reste la communication. Par fatigue, par pudeur ou par peur du conflit, je choisis encore trop souvent de faire à la place de dire, de réparer en silence plutôt que de nommer ce qui ne va pas. Une manière de préserver l’équilibre, peut-être ; un choix silencieux, qui apaise sur le moment, mais qui laisse toujours une trace.
Dans mon milieu professionnel, j’ai fini par comprendre que cette austérité me servait. On y apprécie l’efficacité sèche, la distance maîtrisée, cette froideur de façade qui impose un respect prudent. Ma lenteur réfléchie passe pour de la lucidité : celle d’un homme conscient d’évoluer dans un monde d’illusions, et qui tente malgré tout d’y insuffler un peu de cohérence, un peu de sens. Mais ce qui, au travail, semble être une force devient ailleurs un obstacle. Ces mêmes qualités dressent une barricade invisible autour de ma vie sociale, jusqu’à la réduire à un territoire presque vide. Je me suis rendu en quelque sorte fonctionnel, mais rare ; fiable, mais lointain. Et pourtant, j’ose croire que derrière cette apparente rigidité se cache autre chose qu’un retrait : une attente discrète, peut-être maladroite, d’un espace où cette gravité pourrait enfin se transformer en présence, et cette distance, en lien.
Reste une question, simple et brutale à la fois : est-ce seulement ce que je veux encore ? Et si oui, est-ce que j’en ai toujours l’énergie ? Peut-être que l’année qui s’annonce saura y répondre.
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