samedi 30 mai 2026

Tu lis trop de livres

C’est avec beaucoup d’impatience que j’attendais de lire “L’Oiseau moqueur” de Walter Tevis, qui a également écrit “Le Jeu de la Dame”, adapté en mini-série par Netflix. J’avoue que le genre dystopique m’attire énormément. J’avais lu, il y a quelques années, “Ubik” de Philip K. Dick sans être totalement transporté. Pourtant, je retrouve toujours ces univers avec plaisir lorsque j’y replonge. Il reste souvent une petite déception, difficile à expliquer : peut-être parce que certains récits vieillissent moins bien que d’autres, peut-être parce que certains thèmes mériteraient d’être poussés encore plus loin… ou tout simplement parce qu’à force d’attendre quelque chose de précis d’un auteur, on finit presque toujours par attendre trop. À moins que la réalité dépasse parfois tellement la fiction que cela la rend moins impressionnante ? Malgré cela, je vais continuer d’explorer ce genre, car j’aime profondément le côté visionnaire de ces romans écrits, pour beaucoup, dès les années 60. Le prochain sera sans doute “Fahrenheit 451” de Ray Bradbury, qui semble être une référence incontournable. Et puis, brûler des livres pour protéger les gens des “mauvaises idées”, ce n’est finalement que la version spectaculaire de ce que certaines idéologies font déjà très bien actuellement avec les mots. 

Parfois, au détour d’une page, je m’arrête avec l’émergence d’un vrai “Whaou” exprimé tout haut. Dans “L’Oiseau moqueur”, un personnage évoque ainsi la chute de la société :

« L’époque où l’essence était devenue plus chère que le whisky et où la plupart des gens ne sortaient plus de chez eux. C’est la mort du pétrole. Ça s’est passé au cours de ce qu’on appelait le XXIe siècle. Ensuite, il y a eu les guerres de l’Énergie. »

Et là, je me suis sincèrement dit : “Euh… elle était sacrément high-tech, la boule de cristal de Walter Tevis. Il pouvait difficilement viser plus juste vu le contexte actuel.” 

Si j’ai autant d’affection pour ce livre, c’est parce qu’il parle finalement très bien de notre société actuelle, avec presque cinquante ans d’avance. Comme dans son récit, je crois que l’humanité risque de devenir toujours plus dépendante des technologies, au point d’abandonner peu à peu toute réflexion personnelle. Une humanité silencieuse et vide, où l’on ne crée plus, où l’on ne lit plus, où l’on n’aime plus vraiment, se contentant simplement de ce qu’on lui diffuse sur des écrans. Je partage avec Tevis cette vision d’un monde qui disparaît lentement, dans une sorte d’agonie tranquille, plutôt que dans une catastrophe spectaculaire :

« C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
Pas dans une explosion, mais dans un gémissement. »


Espérons malgré tout qu’il reste encore “un oiseau moqueur” à l’orée du bois : cette petite frontière entre civilisation et nature, entre mort spirituelle et possible renaissance. Une fragile étincelle d’espoir, en somme.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Archive - “City Walls”

[+]“L’Oiseau moqueur” - Walter Tevis | “Ubik” - Philip K. Dick | “Fahrenheit 451” - Ray Bradbury

dimanche 24 mai 2026

Tu regardes trop de films

En ce long weekend de Pentecôte, qui ne l’est pas pour moi puisque je bosse en partie, j’ai décidé, une fois n’est pas coutume, de consacrer le peu de temps de repos qui m’était accordé à une activité hautement intellectuelle : m’affaler devant la télé.  Quand j’en ai eu marre des 3 ou 4 épisodes d’un énième visionnage de Dr House (à ce stade, je pense pouvoir poser des diagnostics aussi pertinents que lui, mais avec moins de charisme) je me suis mis un film. Généralement, épouvante, horreur est mon genre idéal pour somnoler. J’ai opté pour “The Prodigy” de Nicholas McCarthy.

Le film décroche péniblement la moyenne sur la plupart des sites de critiques, mais honnêtement, j’ai trouvé ça plutôt bien ficelé. Preuve irréfutable : je ne me suis pas endormi. Et vu mon niveau de fatigue actuel, c’est presque une standing ovation.  Bon, il faut reconnaître qu’en matière de films du genre, le renouvellement des thèmes n’est pas franchement révolutionnaire. On reste souvent dans des mécaniques assez classiques et, soyons honnêtes, rarement très surprenantes.


Mais malgré ça, le film tient plutôt bien la route. Le jeu des acteurs est plus que correct et, au milieu du flot de merdes parfois très discutables que déversent les plateformes de streaming, j’ai finalement passé un moment plutôt agréable.  Après, c’est toujours pareil : les goûts et les couleurs… enfin voyez quoi…  


“The Prodigy” Official Trailer (2019)


samedi 9 mai 2026

Notes d’un sceptique un peu troublé

C’est sans doute mon incurable nostalgie, mêlée à l’écriture sensible de son auteur, qui me ramène régulièrement vers les Domahom’s papers. Sur ce blog, je parle finalement assez peu de ma famille. Cet espace ressemble moins à un journal intime qu’à un album de souvenirs un peu épars, alimenté selon l’humeur du moment. Pourtant, comme dans toutes les familles, j’imagine, il y a chez nous son lot d’anecdotes, de secrets éventés avec le temps et de personnages hauts en couleur. Le problème, c’est que je ne saurais pas vraiment comment en parler… ou alors avec beaucoup moins de talent que Domahom, ce qui reviendrait un peu à jouer du triangle après un concerto. Les histoires familiales me sont surtout racontées par ma Mère, qui possède ce don rare de créer du lien partout où elle passe. Moi, j’ai vécu en périphérie de la famille, un peu comme ce cousin qu’on voit sur les photos mais dont personne ne sait vraiment s’il est arrivé avant ou après le dessert.



Avec le temps, j’ai fui les grandes villes et leur agitation. Dire que je me suis “rangé” serait exagéré, mais depuis la disparition de mon Père et quelques secousses personnelles difficiles à encaisser, j’aspire surtout à davantage de calme. J’ai eu plusieurs vies, aucune vraiment ratée, aucune totalement exaltante non plus. Mais il existe un sujet que je n’arrive toujours pas à aborder : celui des vieilles âmes. Rien que l’expression a déjà un léger parfum d’encens et de librairie ésotérique, ce qui cadre assez mal avec mon tempérament cartésien. Ma Sœur avait évoqué cette idée à la mort de notre Père. Depuis, je lis régulièrement sur le sujet. Et force est de constater que, contrairement à ce qu’elle pensait, mon Père n’en était probablement pas une… alors que moi, je coche "troublamment" toutes les cases. Reste maintenant à trouver comment parler de tout ça sans donner l’impression d’avoir passé trois semaines dans une yourte à parler aux cristaux. Même si, au fond, le besoin d’écrire là-dessus devient de plus en plus difficile à ignorer.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Common Saints - “Rebel Paradise”


samedi 2 mai 2026

Toujours ... au bord de quelque chose

Parfois, la vie nous sert des instants de pur délice… courts, trop courts, mais délicieusement onctueux. J’étais au volant, en route pour rendre visite à la Reine Mère, quand, au bord de la route, sans même lever le pouce, j’aperçois une silhouette “dans les fougères et les nénuphares”. On aurait dit Black Panther en pause syndicale, abandonné par Marvel au milieu de nulle part. Je ralentis… et là, dans son costume de motard, un beau Black court vers la voiture. Je lui demande s’il est en panne. Il m’explique qu’il a laissé sa moto au garage et qu’il est bon pour rentrer à pied, faute de chauffeur (tragédie moderne). Je ne sais pas si c’est mon célibat qui a pris ses aises ou juste une intuition, mais le courant passait. Enfin… il aurait pu. Parce que créer du lien, chez moi, c’est devenu un sport de haut niveau. Un ami m’a demandé récemment si je me rendais “accessible”. Verdict : non. Fermé pour travaux intérieurs, visiblement. Je le dépose quelques kilomètres plus loin, on se regarde, on se sourit... la porte se referme, "fin". On aurait pu aller boire un verre, discuter un peu plus, je pouvais même proposer un détour héroïque pour récupérer sa moto une fois révisée… mais non. Rien. Le néant. Moi qui, autrefois, avais une audace insolente. Là, silence radio, comme si une partie de moi n’y croyait plus vraiment. En repartant, je me suis dit que je laissais passer des occasions… et que je les regrettais souvent. Mais peut-être que ce n’est pas complètement un hasard.
Peut-être que, derrière ces hésitations, ces élans fantasmés, ces rencontres belles et improbables, il reste quelque chose de vivant, une envie douce et persistante d’aimer encore.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Sololyfe / AMYRA - “Don't Look Back”