samedi 4 juillet 2026

Tu lis trop de livres

Il devient de plus en plus difficile de trouver certains classiques dans des éditions qui donnent simplement envie de les lire. Je trouve cela regrettable. Et si j’étais d’un naturel plus soupçonneux, je finirais presque par me demander : pourquoi ? Et surtout… dans quel but ? Récemment, j’ai voulu relire 1984 de George Orwell. Mon ancienne édition ayant mystérieusement disparu, je me suis rabattu sur une version récente, sans réaliser qu’il s’agissait d’une nouvelle traduction.

Les premières pages m’ont déjà laissé perplexe : quelques coquilles, ce qui surprend pour un éditeur de cette réputation. Mais le vrai choc est arrivé avec la "novlangue", devenue… "néoparler". Là, j’ai bondi de mon canapé avec l’élégance d’un ressort industriel. "Non… ils n’ont quand même pas osé ?!?" Je ne conteste évidemment pas le travail de la traductrice. En revanche, je m’interroge sur le principe. "Novlangue" n’est plus seulement un terme du roman : c’est un mot passé dans le langage courant. Le remplacer revient à effacer un repère culturel. Et l’ironie serait savoureuse si elle n’était pas tant contrariante : modifier les mots dans 1984, c’est presque mettre en pratique ce que le livre dénonce. 


Pour le reste, les "néo-ceci", les "néo-cela" et cette manie de rebaptiser ce qui existe déjà m’enthousiasment à peu près autant que ma déclaration fiscale.  J’ai bien essayé de retrouver une ancienne édition d’occasion. Mission impossible. Ce qui, compte tenu de la notoriété du roman, relève presque du prodige statistique. Là, j’ai abandonné et commandé le texte original en anglais. Avec le recul, j’aurais dû commencer par là.

Cela m’a presque donné envie d’organiser une manifestation avec des pancartes du genre : "Touche pas à mon Orwell !" ou "Rendez-nous les vieilles éditions !". Cela m'a quand même pas mal questionné. Lorsqu'un classique comme 1984 devient difficile à trouver dans une édition fidèle, on peut s'interroger sur notre rapport à la transmission. Les grands livres n'ont pas besoin d'être adaptés à leur époque pour rester actuels, non ? À force de vouloir tout ramener à nous, cela finit par dénaturer ce qui nous échappe et finalement par effacer les distances qui donnent leur sens aux choses.

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