samedi 18 juillet 2026

No Pain, No Gain… suite et… fin

Il y a déjà eu un petit « crush » (raconté [ici]), une tentative de contact qui a lentement dérivé vers de l'observation discrète (ou du voyeurisme, selon les points de vue) [là], et enfin cet échange, dans les vestiaires, il y a quelques jours.



Moi
: Ça fait un moment qu'on ne s'est pas vus.

Lui : Ah oui, j'étais en vacances.

Moi : Encore plus beau bronzé.

Lui : Euh... pardon... tu parles de moi ?

Moi : Il n'y a que nous deux...

À cet instant précis, il réalise. Son regard semble lancer une série de vérifications de sécurité. Moi, pendant ce temps, je récupère péniblement mon âme qui vient de quitter mon corps après l'effort colossal que m'ont coûté ces quatre mots.

Lui : (sourire... manifestement gêné) Merci, c'est gentil... euh... je suis hétéro (murmuré comme si c'était une maladie mortelle).

Moi : Ah... et ça fait longtemps ?

Ce n'était sans doute pas la réponse la plus adéquate, mais bon, quand je laisse la panique prendre le volant, mon humour s'accroche comme il peut au siège passager.

Lui : (rire... un peu crispé) Depuis toujours, autant que je sache.

Bizarre cette précision, comme s'il existait une période d'essai avec possibilité de résiliation.


Moi : Désolé, je ne voulais pas te gêner.

Lui : Non, non, ça va, pas de souci... Bon... eh bien... bon week-end.

Et là, repli stratégique. Départ en vitesse. Au cas où je déciderais de lui sauter dessus entre les haltères et la machine à leg press. Ce qui n'était pas prévu... mais là maintenant, encore moins.

Moi : Oui, à toi aussi.

Fin.

Je soupçonne qu'il ne découvrait pas exactement mon orientation sexuelle ce jour-là ; il mettait simplement un visage sur une hypothèse. Je suis curieux de connaître la vitesse de propagation de cette information et combien de temps il faudra avant que cela fasse le tour du Gym. Parce que même sans abonnement, les ragots circulent carrément plus vite que la perte de calories.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Nightmares On Wax - “You Wish”


samedi 11 juillet 2026

Rétrospective 07/2026

Ceci n’est pas l’article initial. La première version était tellement chiante qu'elle aurait pu servir de somnifère. Mais comme j’ai un goût prononcé pour la régularité, je ne pouvais pas laisser passer la moitié de l’année sans une p'tite rétrospective semestrielle. 

Premier constat : je suis toujours pacsé avec mon travail. Autant dire que ma résolution de prendre du recul, formulée avec beaucoup de conviction en début d’année, a eu la durée de vie d’une batterie de téléphone à 2 %. Elle a fini par faire comme moi : demander sa mutation. La différence, c’est que la mienne a peu de chances d’aboutir. La Direction m’a fait comprendre, à grands renforts de ronds de jambe et d’un enthousiasme trop démonstratif pour être totalement sincère, qu’elle préférait me garder là où je suis.

Je continue aussi de composer avec la froideur des relations humaines dans cette région. Je peux, par une alternance très aléatoire et imprévisible, faire soit partie du décor soit, être le décor. Un jour, on me salue chaleureusement ; le lendemain, on m'ignore avec tant de conviction que je finis presque par douter de ma propre existence. On échange quelques mots, puis plus rien. C’est un véritable exercice d’adaptation et un équilibre parfois fragile pour que cette solitude, que j’ai choisie et que j’assume, ne glisse pas doucement vers l’isolement. Heureusement, il y a la salle de sport. J’y retrouve des visages familiers, des regards qui se croisent, des sourires et quelques poignées de main un peu plus persistantes que d’autres. En revanche, j’ai fini par renoncer à espérer que ce qui ressemble à une intention se transforme spontanément en véritable rencontre. Non pas que je veuille me bouger le cul ni par confort, mais parce qu’il est toujours agréable, pour l’estime de soi, de constater que l’intérêt peut aussi, parfois, venir des autres.

Le moral, lui, tient plutôt bien. D’abord grâce au souvenir de mes dernières vacances. Ensuite parce que je suis déjà en train de préparer les prochaines, ce qui résume parfaitement mon état d’esprit. Et puis il y a l’été, c’est ma saison. Celle où les journées s’étirent un peu plus longtemps, où les barbecues remplacent les réunions, où les verres de rosé se vident un peu trop facilement et où les conversations prennent enfin le temps d’exister. Alors, dès que je peux, je profite de ces moments avec ceux qui me rappellent que les liens les plus importants n’ont finalement pas besoin d’être si nombreux.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Takuya Kuroda - "Everybody Loves The Sunshine"

samedi 4 juillet 2026

Tu lis trop de livres

Il devient de plus en plus difficile de trouver certains classiques dans des éditions qui donnent simplement envie de les lire. Je trouve cela regrettable. Et si j’étais d’un naturel plus soupçonneux, je finirais presque par me demander : pourquoi ? Et surtout… dans quel but ? Récemment, j’ai voulu relire 1984 de George Orwell. Mon ancienne édition ayant mystérieusement disparu, je me suis rabattu sur une version récente, sans réaliser qu’il s’agissait d’une nouvelle traduction.

Les premières pages m’ont déjà laissé perplexe : quelques coquilles, ce qui surprend pour un éditeur de cette réputation. Mais le vrai choc est arrivé avec la "novlangue", devenue… "néoparler". Là, j’ai bondi de mon canapé avec l’élégance d’un ressort industriel. "Non… ils n’ont quand même pas osé ?!?" Je ne conteste évidemment pas le travail de la traductrice. En revanche, je m’interroge sur le principe. "Novlangue" n’est plus seulement un terme du roman : c’est un mot passé dans le langage courant. Le remplacer revient à effacer un repère culturel. Et l’ironie serait savoureuse si elle n’était pas tant contrariante : modifier les mots dans 1984, c’est presque mettre en pratique ce que le livre dénonce. 


Pour le reste, les "néo-ceci", les "néo-cela" et cette manie de rebaptiser ce qui existe déjà m’enthousiasment à peu près autant que ma déclaration fiscale.  J’ai bien essayé de retrouver une ancienne édition d’occasion. Mission impossible. Ce qui, compte tenu de la notoriété du roman, relève presque du prodige statistique. Là, j’ai abandonné et commandé le texte original en anglais. Avec le recul, j’aurais dû commencer par là.

Cela m’a presque donné envie d’organiser une manifestation avec des pancartes du genre : "Touche pas à mon Orwell !" ou "Rendez-nous les vieilles éditions !". Cela m'a quand même pas mal questionné. Lorsqu'un classique comme 1984 devient difficile à trouver dans une édition fidèle, on peut s'interroger sur notre rapport à la transmission. Les grands livres n'ont pas besoin d'être adaptés à leur époque pour rester actuels, non ? À force de vouloir tout ramener à nous, cela finit par dénaturer ce qui nous échappe et finalement par effacer les distances qui donnent leur sens aux choses.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ HAEVN - “Ever Know”