samedi 28 février 2026

Fugit irreparabile tempus - Part.3

“Il n’y a qu’un moyen d’avoir trouvé sa place, c’est d’être arrivé là d’où littéralement l’on ne peut pas bouger.” - Paul Claudel (Saint-Louis)


Intérieurement, émotionnellement, pour être précis, c’est nettement plus compliqué. Le temps se perd dans des nébuleuses qui prennent parfois la forme de mondes parallèles qui s’étirent à l’infini. Il y a cette confusion, ce flot d’émotions que je ressens depuis que je suis ici et que j’ai du mal à démêler. Je peux me sentir à ma place à l’instant T, tout en sachant pertinemment que ce ne sera pas permanent… même si j’aimerais bien que ça le soit : pas simple, le gars, hein ?

Ce qui m’inquiète, c’est que j’ai encore trop envie de changer, de bouger… alors que je n’en ai pas forcément les moyens. Enfin, disons plutôt que je n’en ai pas assez. Matériellement, c’est secondaire, mais surtout au niveau de ma motivation et de mon énergie. Le contraste est saisissant entre ce que je ressens à l’intérieur et mon environnement ; ici, la nature foisonne, et pourtant je me sens émotionnellement à sec, dans une région où l’aridité du lien social peine à prendre racine. Peut-être que je m’accroche à l’idée d’avoir vécu dans des endroits du monde où les rencontres et ma vie dans son ensemble semblait plus facile. Des environnements où les choses venaient à moi sans effort, où je n’avais pas l’impression de devoir pousser chaque petite interaction pour créer du lien. C’est à la fois vrai… et complètement faux. Vrai, parce que dans certaines cultures, le rapport à l’autre est plus évident. Et une construction mentale, parce que mes souvenirs mentent : ils arrangent la réalité pour me faire croire que c’était mieux avant, ou que l’herbe était plus verte ailleurs alors qu’elle est plus verte là où on l’arrose, n’est-ce pas ?


J’ai bien conscience que je n’en ai pas fini avec le deuil de ma dernière relation, morte et enterrée depuis plusieurs années. Que voulez-vous, je suis fidèle jusque dans la rupture. Je peux passer des années (aux allures de siècles) dans un espace hors du temps, à attendre que, par une mystérieuse alchimie, le présent transforme enfin le passé en ce que j’en espérais. J’attends quoi, au juste ? Un retour ? Des excuses ? Une repentance flatteuse ? Même pas…  Car, quand bien même cela arriverait, je sais parfaitement que rien ne pourrait jamais redevenir exactement comme au tout début, quand tout était neuf et plein de possibles. En plus de l’immobilisme, cette attente me maintient en suspens, elle agit comme un frein indéniable à ma relation aux autres, jusque dans les interactions sociales les plus ordinaires, et encore, quand ce n’est carrément pas de l’auto-sabotage. Mon esprit s’accroche pourtant à des illusions, contre toute logique, jusqu’au jour où le voile tombe. Une connexion s’établit avec la réalité, et je peux avancer de nouveau, lentement, certes, car il reste toujours des scories, traces d’un dernier possible désormais éteint.

Dans l’ignorance générale assumée, je vis dans cet espace, dans cette bulle, en attendant que ça passe. Feignant que tout va bien. Sur ce point également, j’essaie d’agir. Par la non-action, bien sûr, parce qu’il est impossible de contrôler une émotion. Alors je la laisse passer, en me disant que, peut-être, fugit irreparabile affectus. Et si ça ne passe pas ? Eh bien… en attendant, je continue d’arroser l’herbe, même dans les terres les plus sèches, là où poussent tout de même agaves, cactus, yuccas ou tumbleweeds.

(À suivre…)

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Two Feet - “I Feel Like I'm Drowning”

samedi 21 février 2026

Fugit irreparabile tempus - Part.2


“Le plus grand service qu'on puisse rendre à un être : lui apprendre de très bonne heure à savoir user de la vie.” - Henry De Montherlant



En lisant un article passionnant il y a peu, j’ai découvert quelque chose d’assez étonnant: à force de trifouiller protons et neutrons pour mesurer le temps à l’atome près, les scientifiques ont fini par tomber sur un os. À l’échelle infinitésimale des particules, le temps ne semble plus avoir de direction. Passé et futur deviennent comme interchangeables, comme si la flèche du temps se dissolvait. Une idée qui me plaît énormément. Finalement, le temps n’est peut-être pas ce cadre rigide que j’ai parfois l’impression de subir. Mon pote Schopenhauer, avec deux siècles d’avance, avait finalement raison, c’est bien une construction mentale, a priori. En tout cas, une conception bien plus fragile que je ne l’imaginais et, peut-être, une piste pour revoir ma propre manière de l’habiter. Tout ça m’a occupé l’esprit ces derniers temps. Pas au point de m’empêcher de dormir, mais suffisamment pour que la question revienne assez souvent : Comment, au juste, je pourrais exploiter cette information ? Je sais, dit comme ça, ça peut sembler un peu débile. Et pourtant.

Ça rejoint le cadre de vie que je me suis construit ces dernières années et une envie plus ancienne : être moins à la merci de mon entourage, qu’il soit personnel ou professionnel (surtout profession- nel quand même). Sans vraiment l’avoir prémédité, par une forme de lassitude ou de désengagement peut-être, j’ai vu se mettre en place une sorte de retrait stratégique. Pas une grande manœuvre, plutôt un pas de côté. Une façon, peut-être maladroite, de laisser chacun reprendre la part qui lui revient. Je ne prétends pas que ce soit une méthode exemplaire, j’y vois même parfois un manque de courage. Sans compter sur cette double petite voix intérieure : celle qui me reproche de ne pas savoir dire clairement ce que j’attends, et celle qui me rappelle que « filouter » n’est pas censé être mon style, surtout quand ça me coûte plus d’énergie que ça ne m’en fait économiser. Malgré tout, cette tendance à installer une procrastination light commence à porter ses fruits. Les choses finissent par se faire, certes, mais sans grand entrain. Et quand ça traîne vraiment trop, quelqu’un d’autre s’en charge. Et ça… ça me va merveilleusement bien ! Je peux ainsi appliquer, sans complexe, l’air de rien, deux théories que je chéris entre toutes : « S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème», fameuse maxime shadok, et celle d’Henri Queuille : « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout ».


Ce n’est pas très moral, hein ? Je sais. Mais franchement, je me suis épuisé pendant des années à faire en une journée ce que d’autres font en une semaine dû à une désorientation récurrente entre la machine à café et leur bureau. Aujourd’hui, je sens la limite de mon potentiel. J’en suis même arrivé à un point où les tâches les plus primordiales ont perdu leur caractère d’urgence. Et, à bien y réfléchir, il se pourrait que ce ne soit pas un bug dans mon logiciel interne… mais un légitime réajustement.

(À suivre…)

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Moloko - "The Time Is Now”


mardi 17 février 2026

Tu lis trop de livres


"Le regardant approcher, j'ai constaté qu'il avait une cinquantaine d'années, un genre d'élégance domestique, et que son visage avait un curieux éclat. Celui des lustres et lampadaires dansait sur son front, mais il paraissait scintiller tout seul. J'étais certain que ce n'était ni de la sueur, ni de l'huile ; cet homme avait son brillant propre " 

Hugh Laurie - "Tout est sous contrôle

[+]Crédit Photo : Thought Petals by Lupidog

samedi 14 février 2026

Fugit irreparabile tempus - Part.1

Le temps fuit sans retour, une affirmation que j’ai empruntée à ce vieux poète romain, Virgile. À la fois constat, réalité et sanction irrévocables. Une phrase qui, dans mon état d’esprit actuel, sonne moins comme une citation savante que comme un rappel un peu doux-amer. Janvier, de toute façon, a toujours ce goût particulier, un mois d’ajustement, un mois-test. Celui où j’expérimente les stratégies de l’année avant de tenter de les figer en habitudes de vie (supposément) plus saines. Un paradoxe, d’ailleurs, chez quelqu’un comme moi qui n’a jamais été bien latéralisé ni dans le temps ni dans l’espace. Je ne réalise le temps qui passe que lorsqu’il laisse des traces : sur mon corps, mon énergie, ou ma patience. Bien sûr, je connais cette pure invention humaine que sont les années, mois, heures et minutes. Mais je dois avouer qu’ils me demandent un effort considérable pour devenir une mesure absolue de mes activités quotidiennes. Je ne porte pas de montre et mon rythme circadien est parfaitement réglé. Comme pour mon maître à penser Schopenhauer, le temps reste pour moi avant tout une dépendance de l’esprit.

Par exemple, demandez-moi quand j’ai passé mon bac, les dates de mes dernières vacances ou, même parfois, ma date de naissance… et là j’hésite. Je cherche. Je réfléchis. Bon, j'exagère un peu, mais tu saisis l'idée, non ? C’est sans doute pour ça que j’ai ce besoin presque vital, de faire des listes, de tenir mon agenda à jour, de tout programmer. Pas tant pour moi, au fond, mais pour répondre aux attentes des autres. Car moi, je sais que les choses finissent toujours par se faire, tôt ou tard. Simplement, en dehors de ma vie personnelle, je ne suis pas le maître des horloges.


L’année dernière, je me suis énormément investi professionnellement. À tel point qu’on m’a gentiment suggéré de lever le pied, de penser davantage à moi. Quand j’ai voulu mettre ce conseil en pratique, j’ai découvert qu’il était à géométrie variable : il fonctionnait surtout quand il ne dérangeait personne. Au travail, l’équipe est compétente, sans aucun doute. Mais chacun avance à sa manière, parfois sans réaliser que cela peut me générer une charge de travail supplémentaire, voire de sérieuses pertes de temps. Si l’on additionne mes horaires, le temps nécessaire pour récupérer, et l’énergie dépensée à colmater ce qui déborde, il ne reste plus grand-chose pour la vie personnelle. Et ça, j’ai encore un peu de mal à le digérer.

C’est précisément là-dessus que j’ai décidé d’agir. Parce que fugit irreparabile tempus et que manifestement, le temps n’a aucun scrupule à se faire employer à plein temps par d’autres pendant que moi, je cours après.

(À suivre…)

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Frank Ocean - “Pink + White”



samedi 7 février 2026

No Pain, No Gain… la suite

"Le ciel appartient aux impétueux qui de l’attendent pas" - Lou Andréas-Salomé

Il y a donc une suite à l’article précédent. Ne nous emballons pas : rien de spectaculaire. Je reste fidèle à ce non-événement au parfum d’érotisme vaporeux. À mon rituel, à savoir mes séances de sport, s’est greffé quelque chose de désormais réglé dans mes semaines : lui.

Nous partageons les mêmes horaires, la même motivation sportive… le même vestiaire.

Je ne connais toujours pas son nom. Nos échanges demeurent discrets : un bonjour, parfois une poignée de main. Et toujours ce regard aux contours flous, ce sourire dont j’ignore encore s’il est simplement poli ou chargé d’autre chose. L’imagination, elle, s’agite. Les faits, beaucoup moins. Les occasions de parler existent, pourtant je n’en saisis aucune.
Sous couvert d’une pudeur un peu feinte, je me dévêts en lui tournant le dos, sans savoir s’il m’observe. Peut-être que oui, peut-être que non. Pour l’instant, cette incertitude suffit à nourrir le trouble.

Souvent, nos douches se terminent ensemble. Ensuite, sans retenue, je le regarde s’habiller, lentement. Il sait que mes yeux suivent la ligne de ses jambes galbées, le tracé du tatouage qui glisse le long de sa colonne vertébrale, ses fesses franchement attirantes.
Puis vient un dernier regard, un au revoir. Rideau. À la prochaine.

Marié, peut-être, aucune alliance. En couple ou célibataire ? Impossible à dire. Hétéro ou homo ? Mystère. Drague en suspens ? Je n’en suis pas certain. Une histoire possible ? Peu probable.
Ces moments sont pourtant intensément attendus. Ils excitent, ils appellent. Mais l’ambiguïté de ces instants me suffit encore, pour le moment. Je me demande seulement jusqu’où je serais prêt à aller si un signe apparaissait. Est-ce que je le veux vraiment, d’ailleurs ? Peut-être pas entièrement. Ou juste assez pour ne pas refuser si l’occasion se présentait. Un geste franc, un mouvement sans appel, et je pourrais bien répondre, franchir la distance restante.

Jusqu’à présent, je me suis refusé la grande artillerie. Après tout, certaines attentes sont souvent plus troublantes que leur aboutissement. Je me contente d’observer, de ressentir, et de laisser le désir esquisser sa propre trajectoire… ou s’évanouir doucement.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Oliver Koletzki feat. Fran - “Hypnotized”

dimanche 1 février 2026

Tu écoutes trop de musique


Pourquoi ? 
Ne me demandez pas pourquoi j’aime cette chanson. Sans doute parce qu’elle résonne quelque part en moi, même si je ne suis plus unhinged depuis longtemps. Le rythme, ce petit côté musical old school… allez savoir. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas vraiment. C’est comme ça.

Okay, maybe I'm unhinged ('hinged) | Kick my ass up off the hinge (hinge) | Open doors I can't get in (ooh, ooh-ooh) | I just wanna make new friends | Dancing on a different side of the club | Calling it lust, calling it lust | Why you out there making a fuss? | Acting unjust in the court of love | Can you just let me out bail? | Swear I won't tell | If a normal girl is my destiny and my pair, I'ma go there | Listen (listen) to my body language (hear me) | I'm walking poetry (poetry) | Holy matrimony | Feast your eyes | I say listen to my body language | I'm walking poetry | Holy matrimony, feast your eyes | Okay, maybe I am unhinged ('hinged) | Kick my ass up off a hinge (hinge) | Open doors I can't get in (ooh, ooh) | I just wanna make new friends (do it again, do it again) | Come on, say… | Get so sentimental when I'm smoking on that Indo | When I'm looking out the window thinking 'bout you (thinking of…) | Get so sentimental when I'm smoking on that Indo | When I'm looking out the window thinking about you…