mardi 24 mars 2026

Tu regardes trop de séries

Preacher est sans doute la série la plus déjantée qu’il m’ait été donné de voir depuis Twin Peaks et American Gods. Elle reste néanmoins très commerciale.


Bon, je dois aussi avouer que je ne suis pas toujours un spectateur très assidu. Il m’arrive de m’endormir entre deux répliques : la télévision, désormais, me berce plus souvent qu’elle ne me captive. La fatigue a parfois raison même des meilleurs programmes et, pour être honnête, je la regarde de moins en moins. Je commence un épisode, je me réveille vaguement au milieu, puis je découvre la fin comme si c’était un rebondissement inattendu. 

Ce qui est amusant aussi, c’est que l’acteur principal, Dominic Cooper, ressemble vraiment beaucoup à Kev Adams. Une ressemblance suffisamment troublante pour que, pendant quelques secondes, on se demande si l’on n’a pas changé de chaîne sans s’en rendre compte.

Bref, il incarne un révérend pour le moins atypique, et il y a notamment ce moment dans l’épisode 8 de la première saison où, pris de remords, il repêche Arseface, un paroissien qu’il avait lui-même damné. Je sais, il m’en faut peu… mais je trouve ce passage particulièrement savoureux.

Jesse : Alors, raconte-moi !

Eugene : Raconter quoi ?

Jesse : Ébhein, raconte… comment t’es revenu ?

Eugene : Vous… m’avez appelé… votre voix m’a appelé… alors j’ai commencé à creuser.

Jesse : Quoi ?! T’as creusé pour sortir de l’Enfer ?

Eugene : C’n’est pas si loin qu’ça

Jesse : C’est comment alors ? 

Eugene : Bondé


[+]Trailer Preacher

[+]Trailer Twin Peaks

[+]Trailer American Gods Season 1


vendredi 20 mars 2026

C'est le Printemps


“La floraison des cerisiers ne dure pas. L’essentiel on l’attrape en une seconde. Le reste est inutile.”

Christian Bobin - “La Grande Vie”

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Cleo Sol - “Sunshine” 

samedi 14 mars 2026

Chronique d’un masque annoncé


Arf… Elle ne se contente plus de dialoguer avec les constellations pour m’apaiser. Elle a décidé que je méritais une intervention céleste. Aussi, après l’astrologie prédictive, la voilà passée au relooking existentiel. Ma petite ensorceleuse, désormais Grande Prêtresse auto-certifiée des Forces Invisibles, a décrété que mon visage était une friche industrielle, un genre d’appel à l’aide dermatologique.


Elle : Tu as une mine épouvantable.
Moi : Bonjour à toi aussi.
Elle : Non mais regarde-toi !
Moi : (Les yeux tellement levés au ciel que je pouvais presque inspecter mon cortex.)
Elle : On dirait que tu as perdu un duel contre l’insomnie.
Moi : J’ai gagné. J’ai survécu.
Elle : Tu as besoin d’un bon steak, de sommeil et d’un masque à l’argile verte.
Moi : Dans cet ordre précis ?
Elle : Ne plaisante pas, c’est sérieux.

Sérieux, le mot était lâché.

Elle me brandit le sachet comme si elle me remettait une relique sacrée. Je proteste. Par principe, parce que je suis un homme rationnel et légèrement de mauvaise foi. Mais j’aime la manière qu’elle a de vouloir réparer le monde en commençant par moi.

Elle : Tu l’appliques toute la nuit. Ça va te transformer.
Moi : En quoi exactement ?
Elle : Tu verras.

Toujours inquiétant, les « tu verras ».

Une fois la prêtresse repartie invoquer les éléments vers ses clairières énergétiques, j’ai oublié le machin à l’argile au fond du frigo entre des carottes en fin de règne et un concombre en pleine dépression liquide. Ce qui, avec le recul, est déjà une victoire car c’est un miracle que je ne l’aie pas tartiné sur un toast un soir de désespoir.

Puis, la semaine dernière, je l’ai retrouvé. Il m’attendait. Je me suis dit que ce serait drôle d’essayer. Grave erreur ou excellente idée ? Je ne sais toujours pas.

Je me suis appliqué le machin à l’argile. Déjà, la texture évoquait une boue décidée à ne coopérer avec aucune structure faciale humaine, obéissant avec une détermination admirable à la gravité. J’ai donc dû aller pisser, puis me coucher, la tête inclinée à 90 degrés, comme un gisant médiéval perdu au fond d’une cathédrale humide.

Allongé là, immobile, je me suis fait une réflexion tout à fait raisonnable : si je mourais cette nuit, que dirait le rapport des secours. 

« Sujet retrouvé allongé, teint verdâtre, expression figée. Probablement transformation inachevée. »

Je ressemblais à un mélange entre une statue oubliée et…

Le masque de boue n’a rien transformé mais le fou rire, lui, a tout changé. Le genre de fou rire qui nettoie plus sûrement que l’argile.

[+]La p’tite musique qui va bien avec… ⏯️ Sigrid - “Mirror”

samedi 7 mars 2026

Fugit irreparabile tempus - Part.4

“Penser, c'est parler avec soi-même.” - Miguel de Unamuno

- Alors ? Qu’est-ce que tu vas faire de tout ça, en ce début d’année ?

Première chose : enclencher le mode avion. Au sens propre comme au figuré. Quand je vais au sport, quand je suis en repos hebdomadaire ou en congés payés, quand je sors, ou tout simplement quand j’ai besoin qu’on me lâche la grappe. Je me suis souvenu d’un livre lu il y a quelques années, La Semaine de 4 heures de Tim Ferriss. Il y est beaucoup question d’automatisation des tâches, et de cette capacité presque décomplexée à déléguer. Tout n’est évidemment pas applicable à mon secteur, mais certaines idées le sont. Et j’ai bien l’intention de m’en inspirer, notamment cette fameuse réponse automatique aux mails quand je ne souhaite pas être dérangé, histoire de rediriger vers une astreinte. Bon, on pourrait dire que je n’avais pas besoin de Ferriss pour y penser. C’est vrai. Mais étrangement, ça ne m’avait jamais vraiment traversé l’esprit. Dans la même logique, il y a aussi cette décision toute simple mais radicale : surtout ne plus ramener de travail à la maison.

Il t’a vraiment fallu cinquante ans pour en arriver là ?!

Non. J’en étais conscient depuis longtemps. Mais pris dans un flot de responsabilités, et sans doute dans ce besoin un peu maladif de toujours vouloir bien faire, j’ai sacrifié une partie de ma vie privée à des tâches chronophages. Pour finalement me rendre compte d’un truc assez frustrant et amer : on remarque surtout ce que tu n’as pas eu le temps de faire, rarement tout ce que tu as accompli. Et c’est d’ailleurs assez symptomatique, pas seulement dans le boulot, mais aussi dans la vie personnelle.

- Et le but, au fond ? Te dégager du temps pour une vie sociale et privée actuellement proche du coma artificiel ?

C’est ça… et je t’emmerde.
Je n’ai juste pas envie d’entrer plus davantage dans cette forme d’esclavagisme moderne que Bukowski décrivait si bien : pas disparu, juste étendu à un plus grand nombre. Mon fonctionnement s’accordait trop bien au confort des autres pour qu’ils aient à se poser des limites et, j’y ai largement consenti. Aujourd’hui, je crois que, quel que soit le domaine, quand les bornes seront franchies, il me faudra savoir les poser moi-même.

- Donc, tu pars en rébellion contre le système ?

Oui et non, le système à mon niveau, à ma façon, version soft power, procrastination light, mode avion assumé, communication parfois imparfaite, mais suffisamment claire pour tenir.

- Ça promet de grands moments, non ?

Peut-être. J’en sais rien, en réalité. Mais ce sont des solutions qui ne me demandent ni de me trahir ni de me réinventer, qui s’installent sans violence, simples à mettre en place et plutôt alignées avec ce que je suis. Et puis le temps passe. À un moment donné, je n’ai pas envie de réaliser trop tard que je suis passé à côté de ce qui compte vraiment, de ce qui fait sens. 

Mes envies profondes, ma famille. mes amis, accessoirement, moi-même ; en somme : ma vie